#JELALIS : Les Lettres chinoises – Ying Chen

Voici ma deuxième lecture dans le cadre du défi littéraire #JELALIS. N’ayant pas énormément de moyens financiers pour me procurer tous les ouvrages de Ying Chen, il a fallu faire des choix, et je me suis tournée vers les romans disponibles en livre de poche qui est un format plus accessible. J’ai alors hésité entre la mémoire de l’eau et les Lettres chinoises. Le premier narre une grand-mère ayant vécu dans une Chine en pleine mutation, le second est un échange épistolaire entre deux amoureux vivant à distance.

J’ai préféré me plonger dans un roman épistolaire pour la simple et bonne raison que j’en lis rarement, bien que j’aie eu une belle expérience avec les liaisons dangereuses de Laclos. Bref, je voulais sortir de mes prédilections livresques.

Il s’agit d’une correspondance entre deux amoureux : le fiancé du nom de Yuan s’est installé au Canada tandis que l’autre moitié, Sassa, qui est d’ailleurs la protagoniste de l’histoire, est restée dans sa ville natale en Chine.

Il s’agit également d’un échange épistolaire entre cette dernière et son amie Da Li qui a aussi choisi d’émigrer dans ce pays. Elle se trouve d’ailleurs dans la même ville que Yuan. Là-bas, Da Li aime un homme originaire de la même ville qu’elle mais ce dernier est fiancée à une femme qui est restée sur la terre de leurs ancêtres, comme Sassa. On retrouve donc deux histoires d’amour : un couple de fiancés qui vivent à distance, un autre couple (Da Li et l’homme déjà fiancé) sur place où l’amour est à sens unique.

Même si Sassa est restée dans l’Empire du milieu comme une patriote irréprochable, elle est loin de l’abri de toute remarque reposant sur son identité chinoise et son patriotisme. Elle subit presque un déracinement involontaire dans son propre pays, du fait que son compagnon est parti s’installer dans un autre continent. De ce fait, elle aurait de la chance d’être fiancé à quelqu’un qui est à l’étranger, mais paradoxalement, elle aurait trahi ses concitoyens car son projet d’avenir serait de quitter la Chine pour un pays occidental. Un conflit interne et externe entre la modernité et la tradition donc. Et peut-être même un conflit générationnel ?

Outre l’identité et les racines, ce conflit touche également les concepts de l’amour et les sentiments. Quelles sont les libertés, quels sont les limites ? La définition de ces notions diffère chez les trois personnages, s’oppose même parfois.

Ce roman m’interpelle encore alors que cette lecture date de l’été 2019 (déjà !!) car il est aussi question de charge émotionnelle au sein du couple. Sassa souffre physiquement mais n’en fait pas part à son compagnon pour ne pas le « bouleverser » (page 125). A l’inverse, Yuan lui reproche d’apporter des détails dans ses réflexions (page 48), lui réclame davantage de nouvelles (page 38), et impose « un tout petit lavage de cerveau pour [la] préparer à la vie [au Canada] » (page 123) ainsi que ses excuses d’avance de son égoïsme et de sa maturité absente. Tout cela sans qu’il prenne en compte tout ce que Sassa endure depuis qu’il est parti émigrer : l’image de la femme et de la citoyenne exemplaires à gérer seule, les remarques et les reproches basés sur des préjugés à digérer seule. Yuan d’ailleurs ne prend pas non plus en compte les souffrances morales de sa compagne, présentes depuis le début.

Un roman caractéristique de la littérature d’exil du Canada. A lire pour ceux qui s’interrogent sur le déracinement, l’exil et l’interculturel.

QUelques citations

Depuis ton départ, on dirait que le mot « liberté » n’est plus aussi péjoratif qu’auparavant. Il n’est plus synonyme d’irresponsabilité, d’immoralité ou même de criminalité. On parle maintenant d’une bonne et d’une mauvaise liberté. Mais comme le terme est encore trop chargé, on a eu la précaution de trouver un terme pour désigner la bonne liberté : « ouverture ». (Page 61)

Au fond, je me sens aussi déracinée que toi, même si je reste encore sur cette terre où je suis née. J’ai toujours l’impression d’être en train de m’adapter à une société où je ne sais pas exactement si je suis « minorité » ou « majorité ». Je dois faire des efforts pour parvenir à réagir à peu près correctement devant mes parents, mes voisins, mes collègues, mes supérieurs… (Page 66)

Autrice : Ying Chen

Actes sud, collection Babel (1998)

ISBN : 9782742719556

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