La présence des autrices dans mes études secondaires

Depuis que j’ai ouvert ce blog, cette idée d’article me trottait dans la tête. Je n’ai pas réussi à trouver le moment idéal pour le rédiger, d’autant plus que j’étais submergée par mes études en master et par mon mémoire de recherche (que j’ai à présent F-I-N-I et S-O-U-T-E-N-U, et je suis diplômée). Bref, je suis enfin disponible pour vous parler des lectures des autrices obligatoires dans mon cursus scolaire, et surtout dans le secondaire.

Spoiler alert : il n’y en a pas énormément. Diglee, illustratrice et autrice que je suis assidûment depuis ses débuts sur son blog, et désormais sur son compte instagram, en a fait un constat terrible dans son article au sujet des femmes lettres au bac L en 2015. Il y a également eu, dans la même année il me semble, une lycéenne qui dénonçait le fait que les femmes philosophes étaient quasiment absentes du programme (malheureusement, je ne retrouve plus la source).

Au collège (2004-2008)

J’ai décidé de faire un état des lieux à partir de cette période pour plusieurs raisons. D’abord, c’était au collège que j’ai vraiment commencé à lire. Et puis, je n’ai aucun souvenir de mes lectures en primaire.

Voici donc les livres écrites par des femmes que je devais lire (je ne m’appuie que sur mes souvenirs, mais je pense avoir fait la liste complète de ces lectures) :

  • Le messager d’Athènes, d’Odile Weulersse (6e) ;
  • La bibliothécaire, de Gudule (5e) ;
  • Le chevalier au bouclier vert, d’Odile Weulersse (5e) ;
  • Un meurtre a été commis le…, d’Agatha Christie (5e, pour un exposé sur les romans policiers, et c’est moi qui ai trouvé et choisi ce titre) ;
  • La nuit du renard, de Mary Higgins Clark (3e).

Que pouvons-nous dire de cette liste ?

  • Je n’ai découvert que trois autrices au collège (ce qui est un chiffre totalement ridicule par rapport au nombre des auteurs lus pendant cette période) ;
  • Deux d’entre elles sont des autrices de livre jeunesse ;
  • Et ces deux autrices ne sont pas nécessairement considérées comme des femmes de lettres ;
  • Je n’ai en plus découvert aucune autrice dite classique.

Passons au lycée, mais c’est pire.

Au lycée (2008-2012)

Cette période était assez chaotique, dans la mesure où j’étais en échec scolaire. J’ai redoublé ma seconde, et depuis j’étais complètement dégoûtée par les cours de français dispensés au lycée jusqu’à ce que je me réoriente en terminale L (j’étais en science de l’ingénieur en première). Je ne prenais plus aucun plaisir à lire. Je ne lisais que les auteurs classiques que j’appréciais. Et les femmes dans tout ça ? Ben, elles étaient absentes du bac de français et du bac de littérature.

J’ai tout de même lu des autrices comme lectures obligatoires :

  • Un brillant avenir, de Catherine Cusset (première 2nde, à l’occasion du prix Goncourt des lycéens en 2008) ;
  • Une vie, de Simone Veil (première 2nde, Simone Veil était venue dans mon lycée, et j’ai eu la tristesse de la louper) ;
  • La Princesse de Clèves, de Madame de La Fayette (deuxième 2nde, c’est la seule que je n’ai pas lue. Je crois que c’était une lecture facultative. En tout cas, je n’ai pas eu le souvenir de l’avoir étudiée en classe.) ;
  • Le journal de Ma Yan, de Ma Yan (1ère scientifique, c’était pour mon cours de mandarin, donc c’était en VO) ;
  • Frankenstein, de Mary Shelley (Terminale littéraire, c’était pour mon cours d’anglais, également en VO).

Que pouvons-nous dire de cette liste ?

  • Aucune autrice francophone classique proposée dans les lectures obligatoires (si on ne compte pas Madame de La Fayette) ;
  • En première, je n’ai lu, ni découvert aucune autrice francophone ;
  • Si à ma première 2nde, on m’encourageait à lire des femmes, et pas nécessairement des femmes « scolaires », ce n’était pas (plus) du tout le cas depuis mon redoublement ;
  • Inutile de souligner que ce chiffre est encore plus ridicule… ;
  • …en particulier si on compte celles qui ont été étudiées en classe, c’est-à-dire deux. Voilà, je n’ai étudié que deux femmes pendant toute ma scolarité au lycée, et en plus en VO.

L’invisibilité des femmes de lettres au programme scolaire dans le cycle secondaire (et pas seulement), quelles conséquences ?

On pense ainsi naïvement et naturellement que les femmes n’écrivent pas, qu’elles n’en ont pas la capacité intellectuelle, qu’elles n’ont aucune légitimité, ou qu’elles n’avaient pas la possibilité d’être publiées du fait qu’elles soient…des femmes dans une époque misogyne. Et c’est si bien ancré dans une société qui prétend favoriser l’égalité. Pourtant, elles étaient présentes mais rapidement oubliées, invisibilisées et/ou plagiées. Je pense aux nombreuses autrices de jeunesse qui sont tombées dans l’oubli, étant donné que je suis incapable de citer plus de cinq noms. Je pense à Marlen Haushofer, autrice autrichienne dont l’oeuvre la plus célèbre intitulée le Mur invisible est tombée dans l’oubli, ou à Gabrielle Colette, autrice plus connue sous « Colette », qui a été la nègre littéraire de son ex-mari (heureusement que la signature de ses oeuvres est désormais attribuée à son nom). J’ignore si ces femmes nègres littéraires, ou tout simplement les autrices dont des hommes se seraient appropriés les oeuvres ont également pu bénéficier de cette justice.

D’autres autrices ont dû adapter un pseudonyme masculin par choix personnel (je doute d’une légère une influence du patriarcat) ou par choix éditorial. Dans le second cas, je pense notamment à JK Rowling, autrice de la célèbre saga Harry Potter.

Bref, des idées perçues ainsi et qui persistent dans une société patriarcale réduisent les femmes lettres, et par ricochet les femmes. Le travail sur ces représentations devrait avant tout être effectué dans et par l’Education nationale : les programmes scolaires en lettres (et pas seulement) sont encore construits autour des figures masculines, ce qui exclut volontairement les autrices. Bien sûr, maisons d’éditions, librairies, bibliothèques et médias y contribuent à leur (in-)visibilisation. Nous aussi, lectrices et lecteurs assidu.e.s ou non, quelle que soit notre profession.

Pour aller plus loin (voire très loin) :

La vidéo intitulée "Quand les autrices tombent dans l'oubli" 
dans la chaîne YT Jeannot se livre.
On y trouve également une sitographie que j'ai consultée
pour élaborer cet article.

"Colette, l'insoumise", dans Arte TV.

Le compte Instagram de Diglee, qui publie régulièrement
des chroniques littéraires et qui réalise des illustrations
autour des femmes lettres.

"Les plumées", collection des Talents Hauts exclusivement
sur les autrices de jeunesse oubliées.

Dictionnaire universel des créatrices, ouvrage regroupant
les femmes de toutes disciplines et de tout horizon pendant 40 siècles.

La chaîne YT d'Aude GG, proposant deux émissions intitulées
Virago (portrait de femmes)
et ViragINA (série documentaire en partenariat avec l'INA).

La chaîne YT Antastesia, dont la vidéaste Emy tient
un club de lecture et un podcast littéraire.
Elle anime également le female readathon ce mois de juillet.

Le défi littéraire #Jelalis lancé par l'association Le deuxième texte
et ses partenaires dont le but est de rendre visible
les femmes de lettres francophones d'hier et d'aujourd'hui.
Je parlerai davantage de ce défi la semaine prochaine, stay tuned !


 

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