Un brillant avenir – Catherine Cusset

un-brillant-avenir Auteure : Catherine Cusset

Gallimard (2008)

ISBN : 9782070121984

Quatrième de couverture :

Elena, une jeune Roumaine née en Bessarabie et ballottée par l’Histoire, rencontre à un bal en 1958 un homme dont elle tombe passionnément amoureuse. Il est juif, et ses parents s’opposent au mariage. Elena finit par épouser Jacob et par réaliser son rêve : quitter la Roumanie communiste et antisémite de Ceauescu. Émigrer aux États-Unis.

Elle devient américaine, et se fait appeler Helen. Elle a rompu avec le passé, mais l’avenir n’est plus un rêve. Helen est maintenant confrontée à une réalité qui lui échappe : la maladie et la dépression de son mari ; l’indépendance de ce fils à qui elle a tout sacrifié, et qui épouse une Française malgré l’opposition de ses parents.

Cette jeune femme égoïste, arrogante, imbue d’un sentiment de supériorité presque national, Helen ne l’aime pas. Cette belle-mère dont le silence recèle une hostilité croissante, Marie en a peur. Pourtant, entre ces deux femmes que tout oppose – leur origine, leurs valeurs et leur attachement au même homme –, quelque chose grandit qui ressemble à de l’amour.

 Mon avis :

Vous arrive-t-il de relire un livre que vous avez lu durant votre adolescence ? Moi oui. Il s’agit d’un brillant avenir. J’avais quinze ans, et c’était mon premier roman-puzzle, un genre que j’affectionne particulièrement depuis. Je me souviens avoir passé une lecture agréable et révélatrice. Aujourd’hui vingt-trois ans, je sentais la nécessité de le parcourir, de vivre les moments qu’a enduré cette famille une seconde fois.

Catherine a su exploiter la complexité des relations entre parents et enfants, mais aussi entre beaux-parents et gendre/belle-fille originaire d’un pays étranger. Dans le premier cas, les parents d’Elena ont catégoriquement refusé l’histoire d’amour qu’elle entretenait avec Jacob parce qu’il était Juif, et par conséquent, il rentrerait tôt ou tard chez lui en Israël sans elle. Dans le second cas, il s’agit cette fois-ci d’Elena et de Jacob, parents d’Alexandru qui n’approuvaient pas du tout sa relation (même après le mariage) avec Marie, une Française qui tôt ou tard, s’installerait définitivement dans son pays d’origine selon eux. On assiste à la surprotection parentale née à partir de leurs inquiétudes difficilement justifiables et de préjugés incurables dont on connaît assez peu leurs origines, à de nombreux malentendus et ruptures de communication entre eux pour des raisons d’ordre intergénérationnel et interculturel.

Soulignons également les deux facettes que possède le personnage fascinant d’Elena : l’une a définitivement coupé les ponts avec ses propres parents pour son amour et la famille qu’elle a fondée, l’autre a voulu rompre les liens entre Alexandru et Marie comme dans son passé, mais a fini par accepter sa belle-fille, même si la relation entre ces deux femmes reste fragile. Marie, femme dont le caractère est un peu trop extraverti pour cette famille roumaine et les idéaux sont incompatibles avec les leurs, devient progressivement plus attentive dans sa conduite et ses propos pour gagner la confiance de sa belle-mère.

On parcourt également le chemin d’une famille roumaine : de la Roumanie aux Etats-Unis, en passant par l’Israël puis par l’Italie. Tout ce voyage pour fuir la dictature, la discrimination raciale, mais surtout, pour atteindre un rêve : être libre.

Et cette histoire d’immigration, le fait de quitter son pays natal pour ses idéaux, peu de gens la comprennent. Marie fait partie de ces gens qui ne peuvent visualiser ni la terreur que cette famille a voulu fuir, ni l’angoisse et les difficultés que certains peuvent avoir. Mais à la lecture de ce roman, on pardonne la naïveté de Marie et ses nombreuses maladresses.

Un roman qui me fait encore de l’effet, qui me fascine, même après huit années passées.

Quelques citations :

Dans une de ses lettres, elle avait copié une définition de l’amour qu’elle avait trouvée dans un poème intitulé « Ce e amorul ?« , « Qu’est-ce que l’amour ? » : Une vie toute entière / De jours que remplit la douleur,/ Que mille larmes ne peuvent assouvir, / Mais qui réclame des larmes encore. […] Cette définition lui semblait la plus vraie possible. L’amour était ce puits que des milliers de larmes ne pouvaient combler. La lecture des poèmes d’Eminescu lui procurait les mots pour donner forme à des pensées et des sentiments qu’elle n’aurait jamais pu exprimer sans eux – un désir, une tristesse, une nostalgie, un manque, une aspiration, mais aussi une joie de vivre qui l’habitaient. (pages 153-154)

Marie sourit. Helen parle doucement au bébé en anglais. « Vous ne lui parlez pas roumain ? demande Marie. – Oh non. Je ne peux pas. Elle est américaine. » (page 253)

 Il y avait un monde, hors d’Israël, où les Juifs n’avaient pas besoin de cacher leur identité? (page 264)

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