Une Chinoise à Paris – Lin Yu

Une Chinoise à ParisAuteure : Lin Yu

Editions Bernard Barrault (1991)

ISBN : 9782736001360

Quatrième de couverture :

Lorsqu’en 1987, Lin Yu quitte Pékin au grand désespoir de ses parents, elle a 21 ans. Brillante étudiante, ex-communiste, elle ne connaît la France que par les récits de son mari français, les magazines et les livres, quelques films et surtout la télévision chinoise.
A Paris, elle découvre, ébahie, une société complexe et déconcertante dont elle doit percer les codes et les usages. Elle va s’intégrer aux membres de sa belle-famille – typiquement « Français moyens » – tout en côtoyant les amis de son mari – marginaux tous plus insolites les uns que les autres. En nous racontant son périple, elle nous offre un tableau au premier degré de la société française contemporaine. Elle jette un regard amusé, tendre et acéré sur notre vie quotidienne : nos mœurs, nos habitudes, nos appartements, la surabondance de nos supermarchés, notre passion pour les animaux domestiques, l’étrange manière d’élever nos enfants, l’intérêt excessif que nous portons à notre santé, etc.
Ce témoignage provocateur se poursuit par son retour en Chine un an plus tard. C’est une Franco-Chinoise qui retrouve son pays, sa famille, ses amis. Ils n’ont pas changé mais elle, si.

Mon avis :

Il s’agit du deuxième ouvrage de la PAL 2016 que j’ai lu et que j’ai le plaisir de présenter, dont la maison d’édition n’existe plus depuis 1992 (un an après sa publication). Comment ai-je réussi à me le procurer, me demandez-vous? Vers la fin de l’année 2015, les anciens élèves de l’Inalco ont organisé des dons de livres au sein de l’établissement. Je suis passée par hasard et je l’ai vu. Gratuit, sans engagement particulier – si ce n’est qu’inscrire son nom et son parcours universitaire sur une fiche – j’ai décidé de le prendre.

Dans ce récit, Lin Yu commence par décrire le personnage qu’elle était avant sa rencontre avec Marc, qui deviendra par la suite son époux : un personnage qui, à première vue, est détestable, fermée d’esprit, raciste et chauviniste. Puis, au fil du temps, lorsque Marc est entré dans sa vie, lorsqu’elle le suit jusqu’en France et dans les autres pays à la fin des années 80, son regard du monde et de son propre pays change, et elle finit par admettre qu’elle était elle-même raciste. Les premières barrières culturelles sur le territoire français ont été difficiles à surmonter, mais grâce à ses beaux-parents et ses voisins qui se sont montrés particulièrement bienveillants à son égard (ce qui m’a, je l’avoue, très surprise), Lin Yu réussit à s’intégrer dans la société française. Toutefois, les chocs interculturels restent inévitables. Il est effectivement impossible pour un individu d’assimiler la culture de l’autre au détriment de la sienne, pour des choses banales comme le traitement du chat, ou pour des sujets sérieux comme l’éducation des enfants et la santé. Pour certains sujets, Lin Yu se montre admirative (au point d’être sévère avec son propre pays natal), et pour d’autres, elle se montre au contraire sceptique (et dans ce cas, elle fait l’éloge de ses coutumes).

L’épisode quant à son retour en Chine peint une réalité à la fois cruelle et sans merci. D’une part, Lin Yu et Marc, devenu son mari, reçoivent gratuitement des insultes et un accueil violent (aucun hôtel ne les accepte parce qu’il y a un « métèque »). D’autre part, la famille de Lin Yu exige de l’argent et des cadeaux parce qu’elle vit désormais à l’étranger avec un étranger, alors que ce jeune couple est loin d’avoir les moyens pour, et qui est en plus mal accueilli par la famille même. Même si Lin Yu offre des présents, elle reste quand même sévèrement jugée. Du côté des jeunes Chinois, ces derniers, pourtant patriotiques comme l’était Lin Yu avant son départ en France, souhaitent finalement quitter le pays et vivre aux Etats-Unis, sans idée réelle du temps et des efforts d’adaptation et d’intégration.

Ce récit permet de comprendre l’origine des préjugés et stéréotypes, parfois haineux (ici, pourquoi une telle haine contre les Africains en Chine), de voir la France et la Chine dans les années 80 (une France à la fois accueillante et raciste, une Chine presque impitoyable à l’égard des étrangers). Ce récit permet également de réaliser qu’il est possible de changer, à condition de faire un travail constant sur soi.

Quelques citations :

Comme tous mes compatriotes, à l’école comme à l’université, dans les usines et les campagnes, nous avons été éduqués dans ce patriotisme exacerbé. J’ai toujours été fière de ma citoyenneté chinoise et convaincue de la supériorité de ma race. Persuadée de combattre courageusement la discrimination raciale, j’étais sans le savoir nationaliste et raciste.
J’ai changé.

Je m’oppose donc vivement à cette idée et fais part à Marc du dicton chinois :
« Si tu n’es pas malade, ne va pas voir de médecin. »
Il me répond par un dicton français :
« Mieux vaut prévenir que guérir. »

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